mond

Wednesday, December 28, 2011

➜ Economie - L’ECHO FORUM - Récession, rigueur et triple A - MONDHER BENAROUS, ÉCONOMISTE, LIMOGES (HAUTE-VIENNE)

Cette fois ci on y est ou presque, à la porte d'une récession ! Nous entrons dans une zone dangereuse, celle d'une conjoncture européenne sans ressort et face à laquelle nous ne sommes pas les mieux armés. La crise de la dette semble se propager à grande vitesse dans l'économie réelle, et ce ne sont pas les négociations de Bruxelles qui vont stopper cette propagation. Au contraire, le sommet de Bruxelles va en priorité imposer une austérité renforcée sur le vieux continent. Pour préserver la zone euro, tout le monde va faire une chasse active aux déficits. Mais avec une économie anémiée, où tous les principaux paramètres ne sont pas optimistes, qu’il s’agisse de l'indice du climat des affaires -meilleur reflet de l'activité industrielle à venir- qui se dégrade de mois en mois. Il est aujourd’hui à son pire niveau depuis 2008. La dégradation est aussi très sensible dans le bâtiment. Qu’il s’agisse également de l’indicateur de l’activité industrielle des grandes entreprises, l'automobile en tête, qui vient de lancer des plans de chômage partiel -Renault- ou de non renouvellement des CDD- PSA. Ou encore de l’indicateur des activités de service, qui tirent l'activité en France depuis des années, et qui constituent le gros des employeurs qui sont sur le reculoir. Les associations de DRH qui sont au cœur des perspectives d'emploi tirent la sonnette d'alarme. Elles craignent un sévère choc social. Est-ce que ces signaux suffisent à déclarer la récession installée ? Pas encore. Mais le gouvernement révise chaque semaine un peu plus à la baisse ses hypothèses de croissance, tandis que Bercy prépare un nouveau plan de rigueur. Les feux sont à l'orange. L'alerte rouge sera de mise fin 2011 début 2012. C'est à ce moment-là que la récession qui, techniquement, se caractérise par un solde négatif de l'activité durant deux trimestres consécutifs, peut surgir. D’ailleurs, les prévisions viennent d’être revues à la baisse : pas plus de 1% de croissance en Allemagne, un peu moins en France, négative en Italie. Il ne faut donc pas s'attendre à des créations d'emplois, mais à une augmentation du nombre de chômeurs. Dans ce cadre, alors que nous n'avons même pas l'arme du commerce extérieur pour respirer un peu, tailler dans les dépenses et augmenter les impôts risque de resserrer un peu plus encore le garrot qui étouffe l'économie. L’agence de notation Moody's est aux aguets. La France est le seul pays triple A qui n'a jamais réussi à atteindre l'équilibre budgétaire depuis 38 ans. Ce laxisme n'a jamais encore été sanctionné mais là, la France a usé tout son crédit. Le seul indicateur qui compte, celui que lorgnent les agences de notation et dont le gouvernement ne parle jamais, c'est le solde primaire de nos comptes publics. C'est tout simplement l'équilibre entre les recettes et les dépenses avant d'avoir payé les intérêts de nos dettes. Il est systématiquement déficitaire. Pour faire simple, la France vit grâce à une carte de crédit Revolving. Un taux de croissance inférieur à 1%, un engagement financier massif pour le sauvetage du soldat grec et une hésitation à comptabiliser les banques, sont autant de facteurs qui font de ces agences de notation, des examinateurs intimidants et sans concession, menaçant ce fameux triple A. ➜ Elections en Tunisie Après la révolution, un scrutin historique ● SADOK BEN AMOR, LIMOGES Le peuple tunisien a voté en masse les 20, 21 et 22 octobre à l’Etranger et le 23 octobre en Tunisie, après une campagne électorale à laquelle ont participé plus de cent partis politiques et listes indépendantes, pour élire les futurs membres d’une assemblée constituante. A l’annonce des résultats par la commission électorale ISIE, les commentaires abondent après la nette victoire du parti Ennahda de tendance islamique, dans un pays qui a mis fin pacifiquement à un régime policier et a donné le coup d’envoi au printemps arabe. En attendant les résultats définitifs du scrutin, on note le score des partis essentiels : Parti du mouvement Ennahdha : 81 sièges Le Congrès pour la République : 27 sièges Pétition Populaire : 26 sièges Ettakatol : 22 sièges Le Parti Démocrate Progressiste : 18 sièges Le Pôle Démocrate Moderniste : 08 sièges Afek Tounes (Horizons de Tunisie) : 05 sièges. Tous ces partis sont en rupture avec le régime déchu et promettent dans leur programme de respecter la démocratie et l’alternance démocratique, le pluralisme politique, la libre organisation de la société civile, la séparation des pouvoirs, et s’engagent à s’attaquer aux problèmes urgents tels que le chômage surtout des jeunes, la pauvreté et le déséquilibre flagrant du développement des régions. Sur le plan politique, le parti vainqueur va présenter un premier ministre après le coup d’envoi des tractations politiques pour dégager une majorité dans la nouvelle assemblée constituante. Il va choisir un gouvernement de la grande majorité des partis comme l’avait promis le Chef d’Ennahda. L'assemblée sera chargée de rédiger une nouvelle Constitution et de désigner un nouvel exécutif jusqu'aux prochaines élections générales. La ferveur populaire, la participation massive des électeurs (plus de 90%), la transparence confirmée par les observateurs internationaux, excepté quelques irrégularités mineures, démontrent que ces élections représentent un acquis important après la chute de la dictature. Ce qui est important aussi, c’est de juger ces élus sur leurs réalisations futures et sur leur manière de faire face aux défis immédiats, et notamment sur la réalisation de leurs promesses électorales, sur lesquelles ils seront sanctionnés au cours des prochaines échéances électorales. Quant à la polémique à juste titre sur la séparation de la religion et de l’Etat, sur la laïcité, la place de la femme dans la société, les dirigeants du parti Ennahda affirment qu’ils vont renforcer les libertés et que le statut de la femme ne sera pas modifié. «Nous respecterons les droits de la femme sur la base du code de statut personnel et de l’égalité entre les Tunisiens quels que soient leur religion, leur sexe ou leur appartenance sociale», a déclaré à l'AFP Nourreddine Bhiri, membre de la direction du parti islamique. Beaucoup de commentateurs voient à juste titre d’un mauvais œil arriver un parti islamique au pouvoir, puisque d’autres expériences ont eu lieu et n’avaient pas tellement réussi à sortir leurs pays du sous-développement ; mais bien d’autres avaient réussi, on peut citer Singapour, la Turquie, l’Indonésie. Il y a certainement un excès de vocabulaire dans la Presse, surtout quand on présente une similitude entre les régimes corrompus d’Arabie Saoudite ou au Maroc, les Talibans en Afghanistan, les frères musulmans en Egypte et l’Iran. La guerre menée par les Etats- Unis en Irak et en Afghanistan contre le «terrorisme» a amplifié le sentiment selon lequel l’Islam fait peur. Les mêmes pays qui participent à cette guerre sanglante et à cette propagande, soutiennent des dictatures qui oppriment non seulement les courants islamiques, mais tous les opposants laïcs et progressistes, ce qui explique le vote des Tunisiens qui ont accordés leurs voix à tous ceux qui ont été victimes de la répression et qui ont connu soit la torture, les prisons, les poursuites ou l’exil au temps du régime déchu. Monsieur Moncef Marzouki, secrétaire général du Parti du Congrès de la République, second de ces élections, dit que la Tunisie est en train de bâtir sa première République avec tous les courants qui ont lutté contre la dictature. La Tunisie a voté, respectons son choix, et attendons des résultats. Le peuple qui a mis ces partis au pouvoir les chassera si les promesses ne sont pas tenues, et un retour en arrière n’est plus possible. Rubrique réalisée par Isabelle Haderer ➜ Recette Ragoût électoraliste à la mode populiste ● JEAN-MARC NURY, LIMOGES Prenez une bonne dose d’insécurité (ne lésinez pas sur la quantité), que vous mélangez à de l’immigration (plutôt clandestine l’immigration, pas trop choisie). Rajoutez de l’islam ou du musulman au choix, en saupoudrant d’attentats et de bombes pour faire monter la peur mais pas trop. Laissez mijoter dans toutes les têtes en remuant de temps à autres avec une pincée de burqa et de minaret ou de polygamie et de laïcité. N’oubliez pas la récidive. A côté, vous avez préparé de beaux chiffres du chômage, de la dette ou du trou de la sécurité sociale que vous pouvez pimenter de phrases telles que «... si vous rajoutez le bruit et l’odeur...» (vieille recette corrézienne). Vous avez également valorisé les pourcentages d’augmentation de la délinquance façon vols à la roulotte ou mendicité agressive que vous pouvez agrémenter d’affirmations telles que «quand il y en a un ça va, c’est quant il y en a plusieurs qu’il y a des problèmes» (recette auvergnate qui peut se marier avec beaucoup de communautés). Séparez le public et le privé pour mieux faire passer les réformes. La réussite de la recette passe par la partition du plus grand nombre d’ingrédients (parents/profs, police/magistrature, travailleurs/chômeurs, français/étrangers...). Vous arrosez le tout de Roms et de déchéance de nationalité française de moins de 10 ans. Ne parlez jamais du rétablissement de la peine de mort, c’est le point en plus que permet au FN d’exister. Ah oui, j’oubliais : pendant la préparation, occupez les Français avec des jeux et de la téléréalité débiles, du sport et des paris en ligne. Jouez sur leurs émotions et leurs sentiments avec une pincée de faits divers sordides, un soupçon d’agences de notation (ah ah ah !) en essayant d’éviter l’indignation populaire ! Pour éviter l’intoxication, direction les urnes ! L’ E C H O . 2 . V E N D R E D I 2 8 O C T O B R E 2 0 1 1

La France peut-elle donner des leçons à la Tunisie?

Nawel Gafsia et Henri Braun, avocats, dénoncent l'attitude de la France envers la Tunisie, exhortée par le gouvernement à ne pas franchir la «ligne rouge» après la victoire du parti Ennahdha lors des élections. Après s'être signalée par un soutien sans faille à Ben Ali, depuis son accession au pouvoir en 1987 jusqu'aux dernières heures précédant sa chute le 14 janvier 2011, la France, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, s'exprimant sur France Inter le 26 octobre, menace la Tunisie de rétorsions économiques en cas de franchissement d'une curieuse «ligne rouge». De quoi s'agit-il? Alain Juppé ne semble pas satisfait du résultat des élections qui se sont pourtant déroulées pour la toute première fois de façon démocratique et transparente. Oscillant entre paternalisme et menaces, il somme les Tunisiens de respecter les valeurs de l'alternance démocratique, des droits de l'homme et de l'égalité homme-femme. Il n'admettra pas de régression dans des domaines pour lesquels la Tunisie est «évoluée». Faut-il en rire ou en pleurer? Pendant le long règne de Ben Ali, les autorités françaises ne se sont jamais inquiétées des traitements inhumains et dégradants, des tortures subies par les opposants de toute tendance, des islamistes aux militants de gauche. Tout au contraire, le despote a reçu un soutien sans faille d'une classe politique française quasiment unanime et de chaudes félicitations pour son action en faveur des droits de la femme. Ni les persécutions subies par l'Association des Femmes Démocrates, ni les agressions physiques d'opposantes comme la journaliste Sihem Bensedrine et l'avocate Radhia Nasraoui, ni les tortures infligées aux militantes et épouses de militants du parti Ennahdha dans les caves du Ministère de l'intérieur, avenue Bourguiba, n'ont fait l'objet d'une condamnation officielle. La légendaire «hospitalité tunisienne» et de luxueuses vacances au soleil ont favorisé la multiplication de déclarations étonnantes de responsables politiques comme Philippe Séguin, Bertrand Delanoë ou Frédéric Mitterrand. Les plus choquantes en raison de leur portée demeurent celles de deux présidents de la République en exercice. En avril 2008, Nicolas Sarkozy assure que «l'espace des libertés progresse» en Tunisie. En décembre 2003, Jacques Chirac, dans un élan lyrique d'inspiration soviétique, assène que «le premier des droits de l'homme c'est de manger» au moment même où Radhia Nasraoui menait une grève de la faim depuis plus de cinquante jours. Après avoir, pendant la révolution, proposé au despote de l'aider à réprimer dans le sang les manifestants par l'envoi d'un inquiétant «savoir-faire» français, voilà maintenant que la France s'érige en donneuse de leçons de démocratie et de respect des droits de l'homme à un peuple qui s'est libéré d'un despote et d'une partie des responsables de son régime policier sans la moindre aide extérieure. Il faut en finir une bonne fois pour toutes avec le mépris vis-à-vis du peuple tunisien qui perdure depuis l'instauration du protectorat français en 1881. La «mission civilisatrice» de la France n'a eu pour effet que de déstructurer durablement une société. Pendant les manifestations révolutionnaires, le peuple dans la rue scandait l'hymne national: «Lorsqu'un jour le Peuple veut vivre, Force est pour le destin de répondre». Ces mots d'Abou Kacem Ecchebi, poète mort à l'âge de 25 ans pendant la période coloniale, devront à l'avenir retentir aux oreilles des dirigeants français mais aussi de ceux qui exerceront le pouvoir en Tunisie. Le peuple tunisien rejette définitivement la tutelle post-coloniale et doit œuvrer pour la justice sociale, maintenant que la mobilisation pour la liberté et la dignité a permis la chute de la dictature. Que le parti Ennahdha ait obtenu un nombre important de voix est l'affaire des Tunisiens qui ont su conquérir leur liberté en dépit de la France et qui sauront bien la conserver sans elle. La France est-elle d'ailleurs en mesure de se pavaner sur la scène internationale au moment où, pour ne prendre qu'un exemple de la dérive vers un Etat policier, elle met en œuvre une politique d'immigration de plus en plus répressive et de plus en plus discriminatoire? A la xénophobie érigée en principe de gouvernement depuis la volonté de fermer les frontières dans les années 70 et 80 est venu s'ajouter récemment une politique raciale dont les Rroms, comme trop souvent dans l'histoire, ont été les premières victimes. Victimes de rafles, d'un harcèlement policier constant et d'expulsions massives, ils ont été rejoints récemment par de nouveaux compagnons d'infortune: les Tunisiens passés par Lampedusa et titulaires de permis de séjours italiens. Cette racialisation de la politique d'immigration a été opérée par de simples circulaires, visant expressément les Rroms dans un cas, les Tunisiens dans l'autre. Ces deux groupes ont fait l'objet d'une véritable chasse à l'homme sur une base raciale, par des policiers qui ne relevaient les identités que dans le but de recopier manuellement le nom et le prénom des personnes sur des décisions stéréotypées d'obligation de quitter le territoire. Les expulsions de Rroms vers la Roumanie et la Bulgarie ainsi que de Tunisiens vers l'Italie ont pour objectif principal d'améliorer le chiffre des «reconduites à la frontière», préoccupation obsessionnelle des dirigeants du «pays des droits de l'homme». Tout ceci serait grotesque, puisque les expulsés peuvent revenir dès le lendemain, si ce ciblage ethnique n'avait des conséquences tragiques. Harcelés, pourchassés, persécutés, les victimes de la pression policière sont contraintes de se terrer dans des squats insalubres et dangereux. Dans les dernières semaines, on a dénombré six morts, dont des Tunisiens, dans un incendie à Pantin et une victime roumaine dans un autre incendie dans le XXe arrondissement de Paris. La politique du chiffre, combien de morts? La France ne se déshonore-t-elle pas en construisant un gigantesque camp d'internement administratif destiné à accueillir des familles de sans-papiers à deux pas de l'aéroport de Roissy alors que le nombre de sans-logis et de mal-logés ne cesse de s'accroître? La France n'est-elle pas en train de «franchir une ligne rouge»?

Tunisie, le pays des doigts bleus !!!

Par Mondher Benarous. Pour "L'ECHO du CENTRE" C’était l’image du Week-end. L’image des Tunisiens qui les doigts bleus d’encre indélébile arborant de larges sourires, sont allés voter. Pour ces 1ere élections libres après BEN ALI, ils ont voté en masse. Un taux de participation absolument record, plus de 90% pour désigner les 217 élus qui rédigeront la future constitution du pays et nommeront un gouvernement intérimaire. Les premiers résultats viennent d’être publiés faisant des tendances une certitude : le grand vainqueur est le parti islamiste modéré Ennahdha, avec lequel il va falloir composer. Ce parti a remporté 50 % des sièges réservés aux tunisiens à l’étranger (soit 9 sièges sur 18) et dépasserait 40 % en Tunisie. Derrière, on trouve le Congrès pour la république (CPR), le parti de Moncef Marzouki qui s’est rapproché des islamistes et le Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés (FDTL) le parti socio-démocrate de Mustapha Ben Jafar qui gagnerait le combat interne des partis progressistes, car la grande surprise est l’effondrement du Parti Démocrate Progressiste (PDP) de Ahmed Nejib Chebbi, qui a repoussé toute idée d’alliance avec Ennahdha et avait plongé dans les urnes. Et puis il y a le bon score de Pôle Démocratique Moderniste (PDM) d’Ahmed Ibrahim, une coalition autour de l’ancien parti communiste et des membres de la société civile. En résumé, les islamistes et ceux qui ont envisagé de gouverner avec eux sont en tête et ceux qui souhaitaient une coalition sans Ennahdha sont derrière, et cela inquiète ces derniers. Pour le PDP.C’est un tournant dans l’histoire du pays qui a opté pour un choix largement islamisant et pour le PDM, le vote risque d’enterrer la Tunisie dans un nouvel autoritarisme à caractère religieux. Les tractations pour former une coalition vont donc tourner autour du cas Ennahdha.

Tuesday, December 27, 2011

Les modernistes tunisiens et le post colonialisme linguistique

Bilinguisme ou biculturalisme conspirateurs.

Le post colonialisme linguistique en Tunisie est un fait social avant et après la révolution de 2011. L’analyse de ce phénomène se fait ici par un nombre des indices dont l’arabisation de forme et l’arabisation de fond viennent en premier lieu.

L’arabisation de forme:
Dans la société tunisienne indépendante, le terme ‘arabisation’ implique le processus d’utiliser l’arabe au lieu du français dans des secteurs différents tels que l’enseignement et l’administration. Il s’agit ici de ce que j’appelle l’arabisation de forme ou écrite.

La relation des Tunisiens avec la langue arabe:
Les Tunisiens mélangent beaucoup leur dialecte arabe avec des mots et des phrases de la langue française. Le franco-arabe est la pratique courante dans la vie quotidienne tunisienne. La majorité des Tunisiens utilise en moyenne un mot français sur dix mots (1/10) du dialecte tunisien dans leurs communications orales en Tunisie.
En termes sociologiques, le franco-arabe est la norme linguistique sociale de la société tunisienne postcoloniale. Ceci explique l’étonnement, la surprise et la ridiculisation que manifestent tant des Tunisiens vers leurs compatriotes qui parlent un dialecte tunisien arabe pure. Ce dernier est perçu par la plupart des Tunisiens comme un comportement linguistique déviant. Quant à l’usage écrit de la langue arabe dans la société tunisienne postcoloniale, il est encore restreint et limité dans les petites et les grandes affaires. Par exemple, plus que 95 % des Tunisiens écrivent en français leurs chèques et ils signent souvent aussi en français. La langue française demeure la langue des services écrits de la plupart des banques tunisiennes. Aussi le français est aujourd’hui la langue orale et écrite de l’enseignement des sciences en Tunisie à partir du niveau secondaire du système scolaire tunisien.

L’arabisation de fond:
L’autre type d’arabisation est ce que j’appelle l’arabisation psychologique ou l’arabisation de fond. Celle-ci s’exprime en gros dans les aspects suivants : l’arabe occupe une place prioritaire dans les cœurs et les usages quotidiens des Tunisiens. Ceux-ci se trouvent spontanément fiers de parler ou d’écrire en arabe. Ils défendent la langue arabe contre toute marginalisation ou exclusion dans leur propre société. En d’autres mots, ils sentent bien confortable et bien à l’aise dans leur peau linguistique arabe que ce soit au niveau oral ou écrit.
Les observations systématiques des comportements linguistiques des Tunisiens ne leurs accordent qu’un score assez bas sur l’échelle de l’arabisation psychologique. L’analyse logique et cohérente montre bien que l’arabisation psychologique est beaucoup plus importante que l’arabisation écrite/de forme. Parce qu’une fois l’arabisation de fond est bien établie chez les Tunisiens, celle de la forme la suivra spontanément et avec beaucoup d’enthousiasme. Mais, ce n’est pas le cas dans la Tunisie, avant et suite à sa révolution.
La psychologie sociale expliquerait cette attitude plus ou moins négative envers la langue arabe par trois facteurs principaux:
1-la colonisation française a réussi, d’une part, à implanter parmi la majorité des Tunisiens une mentalité plutôt négative envers la langue arabe et, d’autre part, une mentalité positive par rapport à la langue française. Ceci s’accorde fort bien avec la remarque d’Ibn Khaldoun: » Le vaincu aimerait toujours imiter le vainqueur ».
2- Captivé par la langue et la culture du colonisateur français, le leadership politique tunisien dirigé par le président Bourguiba a marginalisé pendant plus que trois décennies (1956-1987) l’importance de la libération linguistique du colonialisme français.
3- La plupart des Tunisiens sont dotés d’une scolarisation bilingue (arabe et français) avant et après l’indépendance où la langue française et sa culture continuent d’avoir chez eux plus de prestige et de statut social que la langue arabe et sa culture. Par exemple, le corps tunisien bilingue enseignant se reproduit, selon Pierre Bourdieu. C’est-à-dire, ce corps enseignant est plutôt porté à transmettre aux générations des élèves et des étudiants tunisiens une image et une attitude plus positives du français et sa culture que celles de l’arabe et sa culture.

Monday, December 26, 2011

Ces "élites" qui se sont bien "accommodés " de Ben Ali.

Le passé ne demande pas à être oublié, mais compris !

La maladie d’Abdelwahab Meddeb et la révolution tunisienne

« Un livre écrit au cœur de la révolution, avec la justesse et la hauteur de vue d’une méditation intemporelle. » C’est ainsi que la quatrième de couverture du livre d’Abdelwahab Meddeb Printemps de Tunis présente le travail de l’auteur, un des premiers ouvrages sur la révolution qui a ébranlé le monde arabe.
Nous laisserons le lecteur juger de la « hauteur de vue » de l’auteur et de ses réflexions, somme toute banales, sur ce qui s’est passé en Tunisie.
Ce qui est frappant dans l’ouvrage, c’est sa « pudeur » concernant ses positions sur le régime de Ben Ali. Evoquant la manifestation de Paris, le 15 janvier, après la chute du dictateur, il écrit : « Cela fait longtemps que je n’ai pas participé à une manifestation. » Et la question qui se pose est simple : pourquoi n’a-t-il jamais participé à des manifestations contre la dictature à Paris durant ces dernières décennies ? Pourquoi n’a-t-il jamais élevé la voie contre la torture de milliers de prisonniers politiques ? Le fait que nombre d’entre eux étaient islamistes justifiait-il ce silence ?
Il serait faux de dire qu’il ne mentionne pas le sujet. Il le fait avec une pudeur d’autant plus admirable qu’elle « ne » lui est pas habituelle, mais toujours avec une « hauteur de vue ».
« Je m’interroge aujourd’hui sur ce réveil tardif ? Est-ce dû à la distance de l’expatriation ? Est-ce que le fait que pour moi l’horizon de l’être est le monde en son étendue ? L’immensité que je scrute aspire-t-elle le génie des lieux ? Immerge-t-elle le culte de la terre natale ? », etc. A une telle hauteur de vue, on perd le fil, mais on comprend qu’un intellectuel tunisien, vivant à Paris, a mieux à faire que de s’occuper de ce qui se passe dans son pays d’origine.
L’écrivain n’est cependant pas resté à l’écart de la révolution. Avec courage, il a participé à une émission de France 3, « Ce soir ou jamais », le 12 janvier (la première de ses interventions publiques), qui, selon ses dires, « a produit l’effet escompté. (...) Le mouvement a reçu un signe solidaire émanant de la scène internationale ». Tout ce qui s’est passé dans les premiers jours de janvier en France, en solidarité avec la Tunisie, n’a pas compté jusqu’à l’arrivée du grand homme.
Certes, ces manifestations étaient limitées. Et elles l’étaient parce que Meddeb et de nombreux intellectuels s’étaient, comme il le dit lui-même, « accommodés » de Ben Ali : « Nous n’avions pas protesté quand Ben Ali avait procédé à l’éradication des islamistes par la terreur en 1990-1991. Nous en étions même soulagés. » Ils préféraient et préfèrent toujours les dictatures soi-disant laïques aux islamistes.
Récemment encore, l’écrivain expliquait benoîtement que la dictature du chah en Iran était « minimaliste ». Les torturés de la Savak apprécieront.
Il n’est toutefois pas resté totalement silencieux. Dans son ouvrage Contre-prêches (2006), il consacre une chronique à la Tunisie : « Lorsqu’on se promène à Tunis dans cette atmosphère d’amitié entre les sexes, on se dit que la solution est simple, que le remède à la maladie [de l’islam] est à portée de main, qu’il ne représente pas un secret et une énigme exigeant de recourir au devin ou au sorcier. On se dit aussi que cette maladie n’est pas incurable. Mais on se demande aussi pourquoi l’exemple tunisien n’est pas davantage connu, pourquoi il ne constitue pas une référence (sic), pourquoi il ne s’érige pas lui-même en modèle (re-sic). Il est sûr que le déficit démocratique n’aide pas à l’émergence d’un tel modèle. Mais nous avons cependant à réfléchir sur le passage, à doses homéopathiques, par l’Etat autoritaire comme recours éclairé pour les sociétés héritant de consciences “obscures”. »
Ce sont ces consciences « obscures » que le colonisateur voulait aussi « éclairer », et l’on ne s’étonnera pas que Meddeb fasse l’apologie de cette période, comme le souligne Vincent Geisser dans un texte du 4 février 2005 (« Islam light : un produit qui se vend bien »), publié par Oumma.com :
« Dans son best-seller, La Maladie de l’islam, Abdelwahab Meddeb se livre ainsi à un véritable hymne à la Tunisie sous le Protectorat français, qui, rappelons-le quand même, était fondé sur un régime de domination coloniale qui n’avait rien à envier à l’Algérie » :
« Il faut le reconnaître, le modèle européen dans lequel j’ai grandi, celui qui émane des Lumières françaises et qui m’a formé, à travers un enseignement franco-arabe, n’est plus attractif. […] J’ai assisté dans mon enfance (dans les années 1950), dans cette citadelle de l’islam qu’est la médina de Tunis, au dévoilement des femmes au nom de l’occidentalisation et de la modernité ; cela a concerné les femmes, les filles et les sœurs des docteurs de la Loi qui tenaient chaire dans la millénaire université théologique de la Zitouna (une des trois plus importantes de l’islam sunnite…) » (A. Meddeb, La Maladie de l’islam, p. 43).
« Cette célébration de “l’islam des Lumières” (en réalité, un islam imaginaire), poursuit Geisser, évoque parfois les accents fortement assimilationnistes de certaines élites indigènes profrançaises pendant la période coloniale. Abdelwahab Meddeb n’hésite pas à se réclamer ouvertement du penseur nationaliste Ernest Renan, lui pardonnant au passage son racisme antisémite » :
« [….] Je lui pardonne son racisme, sa vision essentialiste des langues et des systèmes symboliques, sa hiérarchie entre les expressions et les imaginaires… car il m’a aussi aidé à comprendre la chimère que représentent le panarabisme comme le panislamisme. Son opuscule Qu’est-ce qu’une nation ? m’a rappelé que la nation n’est fondée ni sur l’unité linguistique, ni sur la communauté de la foi, ni sur la continuité géographique, ni sur le langage de l’histoire. Elle l’est sur le seul désir d’être ensemble. C’est ce désir qui m’a fait choisir la communauté française, où mon nom étranger se décline dans l’amputation sonore, où je continue d’entretenir ma généalogie islamique et de la croiser avec mon autre généalogie européenne. Ainsi l’hérité et le choisi se combinent à l’intérieur d’un seul et même être… » (La Maladie de l’islam, p. 220-221).
On ne peut donc s’étonner que le discours de Meddeb non seulement n’ait pas dérangé Ben Ali, mais que celui-ci l’ait célébré, comme nous l’apprend le site Oumma.com.
Le 24 janvier 2011, ce site publiait « en exclusivité ce document de l’Ambassade de Tunisie à Paris, rendant compte d’une réception officielle organisée en l’honneur de l’écrivain franco-tunisien Abdelwahab Meddeb, en mars 2004. A l’époque, le discours d’hommage avait été prononcé par Mezri Haddad, ancien ambassadeur de Tunisie à l’UNESCO, bien connu de la presse française pour avoir justifié la répression sanglante des récentes protestations qui ont fait plus de 70 morts et des milliers de blessés. Ce document prouve qu’A. Meddeb ne s’est pas contenté de rester silencieux mais a clairement soutenu la dictature du général Ben Ali, alors que les opposants politiques en exil à Paris, tels que Moncef Marzouki (opposant historique), faisaient l’objet du harcèlement permanent de la police secrète tunisienne en France ».
« Bien évidemment, A. Meddeb n’a jamais invité dans ses émissions de France Culture le moindre écrivain tunisien opposant ou indépendant, cherchant à préserver ses entrées auprès du régime de Ben Ali. Il a pratiqué au sein de France Culture (radio française financée par le contribuable !) les critères de censure proches de ceux de la radio d’Etat en Tunisie sous l’ère Ben Ali. Le document publié ci-dessous est la copie originale du lien du site Internet de l’Ambassade de Tunisie à Paris, qui depuis a été détruit. »
« Les négationnistes de l’histoire tunisienne ont déjà commencé à agir : les documents gênants pour un certain nombre de personnalités compromises avec le régime de Ben Ali sont en train d’être détruits. Heureusement, Oumma.com a retrouvé dans ses archives ce lien Internet qu’il vous livre en exclusivité. »
« Hommage à Abdelwahab Meddeb »
Ambassade de Tunisie, 16 mars 2004
« Dans le cadre des efforts de l’Ambassade visant à encourager les intellectuels et hommes de lettres tunisiens résidant en France, l’Ambassadeur Moncer Rouissi a offert une réception en l’honneur de l’écrivain et poète Abdelawahab Meddeb, récompensé par le Prix François Mauriac pour son livre La Maladie de l’Islam et le Prix Max Jacob pour son recueil de poèmes La matière des oiseaux. Y ont été conviés des représentants des milieux littéraires, des médias et du corps diplomatique ainsi que de nombreux amis de la Tunisie. Dans son allocution de bienvenue, M. Moncer Rouissi a exprimé tout son plaisir d’honorer Abdelawahab Meddeb l’écrivain, le poète, le penseur et l’homme de lettres. Il a salué en lui la richesse de la production littéraire et la profondeur de la réflexion sur l’Islam et ses rapports avec son environnement social et politique. »
« M. Samir Marzouki, ancien Directeur de l’Ecole Normale Supérieure, a pour sa part salué la pensée originale de Abdelawahab Meddeb, “un des meilleurs écrivains tunisiens”, qui a consacré sa vie à “une œuvre de réflexion et de rapprochement entre les peuples”. Enfin, l’universitaire Mezri Haddad a rendu hommage à l’œuvre de Abdelwahab Meddeb qui y parait un “redoutable opposant aux thèses intégristes”. »