➜ Economie - L’ECHO FORUM - Récession, rigueur et triple A - MONDHER BENAROUS, ÉCONOMISTE, LIMOGES (HAUTE-VIENNE)
Cette fois ci on y est ou presque, à la porte d'une récession ! Nous entrons dans une zone dangereuse, celle d'une conjoncture européenne sans ressort et face à laquelle nous ne sommes pas les mieux armés. La crise de la dette semble se propager à grande vitesse dans l'économie réelle, et ce ne sont pas les négociations de Bruxelles qui vont stopper cette propagation. Au contraire, le sommet de Bruxelles va en priorité imposer une austérité renforcée sur le vieux continent. Pour préserver la zone euro, tout le monde va faire une chasse active aux déficits. Mais avec une économie anémiée, où tous les principaux paramètres ne sont pas optimistes, qu’il s’agisse de l'indice du climat des affaires -meilleur reflet de l'activité industrielle à venir- qui se dégrade de mois en mois. Il est aujourd’hui à son pire niveau depuis 2008. La dégradation est aussi très sensible dans le bâtiment. Qu’il s’agisse également de l’indicateur de l’activité industrielle des grandes entreprises, l'automobile en tête, qui vient de lancer des plans de chômage partiel -Renault- ou de non renouvellement des CDD- PSA. Ou encore de l’indicateur des activités de service, qui tirent l'activité en France depuis des années, et qui constituent le gros des employeurs qui sont sur le reculoir. Les associations de DRH qui sont au cœur des perspectives d'emploi tirent la sonnette d'alarme. Elles craignent un sévère choc social. Est-ce que ces signaux suffisent à déclarer la récession installée ? Pas encore. Mais le gouvernement révise chaque semaine un peu plus à la baisse ses hypothèses de croissance, tandis que Bercy prépare un nouveau plan de rigueur. Les feux sont à l'orange. L'alerte rouge sera de mise fin 2011 début 2012. C'est à ce moment-là que la récession qui, techniquement, se caractérise par un solde négatif de l'activité durant deux trimestres consécutifs, peut surgir. D’ailleurs, les prévisions viennent d’être revues à la baisse : pas plus de 1% de croissance en Allemagne, un peu moins en France, négative en Italie. Il ne faut donc pas s'attendre à des créations d'emplois, mais à une augmentation du nombre de chômeurs. Dans ce cadre, alors que nous n'avons même pas l'arme du commerce extérieur pour respirer un peu, tailler dans les dépenses et augmenter les impôts risque de resserrer un peu plus encore le garrot qui étouffe l'économie. L’agence de notation Moody's est aux aguets. La France est le seul pays triple A qui n'a jamais réussi à atteindre l'équilibre budgétaire depuis 38 ans. Ce laxisme n'a jamais encore été sanctionné mais là, la France a usé tout son crédit. Le seul indicateur qui compte, celui que lorgnent les agences de notation et dont le gouvernement ne parle jamais, c'est le solde primaire de nos comptes publics. C'est tout simplement l'équilibre entre les recettes et les dépenses avant d'avoir payé les intérêts de nos dettes. Il est systématiquement déficitaire. Pour faire simple, la France vit grâce à une carte de crédit Revolving. Un taux de croissance inférieur à 1%, un engagement financier massif pour le sauvetage du soldat grec et une hésitation à comptabiliser les banques, sont autant de facteurs qui font de ces agences de notation, des examinateurs intimidants et sans concession, menaçant ce fameux triple A. ➜ Elections en Tunisie Après la révolution, un scrutin historique ● SADOK BEN AMOR, LIMOGES Le peuple tunisien a voté en masse les 20, 21 et 22 octobre à l’Etranger et le 23 octobre en Tunisie, après une campagne électorale à laquelle ont participé plus de cent partis politiques et listes indépendantes, pour élire les futurs membres d’une assemblée constituante. A l’annonce des résultats par la commission électorale ISIE, les commentaires abondent après la nette victoire du parti Ennahda de tendance islamique, dans un pays qui a mis fin pacifiquement à un régime policier et a donné le coup d’envoi au printemps arabe. En attendant les résultats définitifs du scrutin, on note le score des partis essentiels : Parti du mouvement Ennahdha : 81 sièges Le Congrès pour la République : 27 sièges Pétition Populaire : 26 sièges Ettakatol : 22 sièges Le Parti Démocrate Progressiste : 18 sièges Le Pôle Démocrate Moderniste : 08 sièges Afek Tounes (Horizons de Tunisie) : 05 sièges. Tous ces partis sont en rupture avec le régime déchu et promettent dans leur programme de respecter la démocratie et l’alternance démocratique, le pluralisme politique, la libre organisation de la société civile, la séparation des pouvoirs, et s’engagent à s’attaquer aux problèmes urgents tels que le chômage surtout des jeunes, la pauvreté et le déséquilibre flagrant du développement des régions. Sur le plan politique, le parti vainqueur va présenter un premier ministre après le coup d’envoi des tractations politiques pour dégager une majorité dans la nouvelle assemblée constituante. Il va choisir un gouvernement de la grande majorité des partis comme l’avait promis le Chef d’Ennahda. L'assemblée sera chargée de rédiger une nouvelle Constitution et de désigner un nouvel exécutif jusqu'aux prochaines élections générales. La ferveur populaire, la participation massive des électeurs (plus de 90%), la transparence confirmée par les observateurs internationaux, excepté quelques irrégularités mineures, démontrent que ces élections représentent un acquis important après la chute de la dictature. Ce qui est important aussi, c’est de juger ces élus sur leurs réalisations futures et sur leur manière de faire face aux défis immédiats, et notamment sur la réalisation de leurs promesses électorales, sur lesquelles ils seront sanctionnés au cours des prochaines échéances électorales. Quant à la polémique à juste titre sur la séparation de la religion et de l’Etat, sur la laïcité, la place de la femme dans la société, les dirigeants du parti Ennahda affirment qu’ils vont renforcer les libertés et que le statut de la femme ne sera pas modifié. «Nous respecterons les droits de la femme sur la base du code de statut personnel et de l’égalité entre les Tunisiens quels que soient leur religion, leur sexe ou leur appartenance sociale», a déclaré à l'AFP Nourreddine Bhiri, membre de la direction du parti islamique. Beaucoup de commentateurs voient à juste titre d’un mauvais œil arriver un parti islamique au pouvoir, puisque d’autres expériences ont eu lieu et n’avaient pas tellement réussi à sortir leurs pays du sous-développement ; mais bien d’autres avaient réussi, on peut citer Singapour, la Turquie, l’Indonésie. Il y a certainement un excès de vocabulaire dans la Presse, surtout quand on présente une similitude entre les régimes corrompus d’Arabie Saoudite ou au Maroc, les Talibans en Afghanistan, les frères musulmans en Egypte et l’Iran. La guerre menée par les Etats- Unis en Irak et en Afghanistan contre le «terrorisme» a amplifié le sentiment selon lequel l’Islam fait peur. Les mêmes pays qui participent à cette guerre sanglante et à cette propagande, soutiennent des dictatures qui oppriment non seulement les courants islamiques, mais tous les opposants laïcs et progressistes, ce qui explique le vote des Tunisiens qui ont accordés leurs voix à tous ceux qui ont été victimes de la répression et qui ont connu soit la torture, les prisons, les poursuites ou l’exil au temps du régime déchu. Monsieur Moncef Marzouki, secrétaire général du Parti du Congrès de la République, second de ces élections, dit que la Tunisie est en train de bâtir sa première République avec tous les courants qui ont lutté contre la dictature. La Tunisie a voté, respectons son choix, et attendons des résultats. Le peuple qui a mis ces partis au pouvoir les chassera si les promesses ne sont pas tenues, et un retour en arrière n’est plus possible. Rubrique réalisée par Isabelle Haderer ➜ Recette Ragoût électoraliste à la mode populiste ● JEAN-MARC NURY, LIMOGES Prenez une bonne dose d’insécurité (ne lésinez pas sur la quantité), que vous mélangez à de l’immigration (plutôt clandestine l’immigration, pas trop choisie). Rajoutez de l’islam ou du musulman au choix, en saupoudrant d’attentats et de bombes pour faire monter la peur mais pas trop. Laissez mijoter dans toutes les têtes en remuant de temps à autres avec une pincée de burqa et de minaret ou de polygamie et de laïcité. N’oubliez pas la récidive. A côté, vous avez préparé de beaux chiffres du chômage, de la dette ou du trou de la sécurité sociale que vous pouvez pimenter de phrases telles que «... si vous rajoutez le bruit et l’odeur...» (vieille recette corrézienne). Vous avez également valorisé les pourcentages d’augmentation de la délinquance façon vols à la roulotte ou mendicité agressive que vous pouvez agrémenter d’affirmations telles que «quand il y en a un ça va, c’est quant il y en a plusieurs qu’il y a des problèmes» (recette auvergnate qui peut se marier avec beaucoup de communautés). Séparez le public et le privé pour mieux faire passer les réformes. La réussite de la recette passe par la partition du plus grand nombre d’ingrédients (parents/profs, police/magistrature, travailleurs/chômeurs, français/étrangers...). Vous arrosez le tout de Roms et de déchéance de nationalité française de moins de 10 ans. Ne parlez jamais du rétablissement de la peine de mort, c’est le point en plus que permet au FN d’exister. Ah oui, j’oubliais : pendant la préparation, occupez les Français avec des jeux et de la téléréalité débiles, du sport et des paris en ligne. Jouez sur leurs émotions et leurs sentiments avec une pincée de faits divers sordides, un soupçon d’agences de notation (ah ah ah !) en essayant d’éviter l’indignation populaire ! Pour éviter l’intoxication, direction les urnes ! L’ E C H O . 2 . V E N D R E D I 2 8 O C T O B R E 2 0 1 1
