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Tuesday, December 27, 2011

Les modernistes tunisiens et le post colonialisme linguistique

Bilinguisme ou biculturalisme conspirateurs.

Le post colonialisme linguistique en Tunisie est un fait social avant et après la révolution de 2011. L’analyse de ce phénomène se fait ici par un nombre des indices dont l’arabisation de forme et l’arabisation de fond viennent en premier lieu.

L’arabisation de forme:
Dans la société tunisienne indépendante, le terme ‘arabisation’ implique le processus d’utiliser l’arabe au lieu du français dans des secteurs différents tels que l’enseignement et l’administration. Il s’agit ici de ce que j’appelle l’arabisation de forme ou écrite.

La relation des Tunisiens avec la langue arabe:
Les Tunisiens mélangent beaucoup leur dialecte arabe avec des mots et des phrases de la langue française. Le franco-arabe est la pratique courante dans la vie quotidienne tunisienne. La majorité des Tunisiens utilise en moyenne un mot français sur dix mots (1/10) du dialecte tunisien dans leurs communications orales en Tunisie.
En termes sociologiques, le franco-arabe est la norme linguistique sociale de la société tunisienne postcoloniale. Ceci explique l’étonnement, la surprise et la ridiculisation que manifestent tant des Tunisiens vers leurs compatriotes qui parlent un dialecte tunisien arabe pure. Ce dernier est perçu par la plupart des Tunisiens comme un comportement linguistique déviant. Quant à l’usage écrit de la langue arabe dans la société tunisienne postcoloniale, il est encore restreint et limité dans les petites et les grandes affaires. Par exemple, plus que 95 % des Tunisiens écrivent en français leurs chèques et ils signent souvent aussi en français. La langue française demeure la langue des services écrits de la plupart des banques tunisiennes. Aussi le français est aujourd’hui la langue orale et écrite de l’enseignement des sciences en Tunisie à partir du niveau secondaire du système scolaire tunisien.

L’arabisation de fond:
L’autre type d’arabisation est ce que j’appelle l’arabisation psychologique ou l’arabisation de fond. Celle-ci s’exprime en gros dans les aspects suivants : l’arabe occupe une place prioritaire dans les cœurs et les usages quotidiens des Tunisiens. Ceux-ci se trouvent spontanément fiers de parler ou d’écrire en arabe. Ils défendent la langue arabe contre toute marginalisation ou exclusion dans leur propre société. En d’autres mots, ils sentent bien confortable et bien à l’aise dans leur peau linguistique arabe que ce soit au niveau oral ou écrit.
Les observations systématiques des comportements linguistiques des Tunisiens ne leurs accordent qu’un score assez bas sur l’échelle de l’arabisation psychologique. L’analyse logique et cohérente montre bien que l’arabisation psychologique est beaucoup plus importante que l’arabisation écrite/de forme. Parce qu’une fois l’arabisation de fond est bien établie chez les Tunisiens, celle de la forme la suivra spontanément et avec beaucoup d’enthousiasme. Mais, ce n’est pas le cas dans la Tunisie, avant et suite à sa révolution.
La psychologie sociale expliquerait cette attitude plus ou moins négative envers la langue arabe par trois facteurs principaux:
1-la colonisation française a réussi, d’une part, à implanter parmi la majorité des Tunisiens une mentalité plutôt négative envers la langue arabe et, d’autre part, une mentalité positive par rapport à la langue française. Ceci s’accorde fort bien avec la remarque d’Ibn Khaldoun: » Le vaincu aimerait toujours imiter le vainqueur ».
2- Captivé par la langue et la culture du colonisateur français, le leadership politique tunisien dirigé par le président Bourguiba a marginalisé pendant plus que trois décennies (1956-1987) l’importance de la libération linguistique du colonialisme français.
3- La plupart des Tunisiens sont dotés d’une scolarisation bilingue (arabe et français) avant et après l’indépendance où la langue française et sa culture continuent d’avoir chez eux plus de prestige et de statut social que la langue arabe et sa culture. Par exemple, le corps tunisien bilingue enseignant se reproduit, selon Pierre Bourdieu. C’est-à-dire, ce corps enseignant est plutôt porté à transmettre aux générations des élèves et des étudiants tunisiens une image et une attitude plus positives du français et sa culture que celles de l’arabe et sa culture.

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