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Tuesday, December 02, 2025

L'amour est-il plus fort que la mort ?

"Et si l'amour était plus fort que la mort ?"

Un amour plus fort que la mort, c’est ce que nous ressentons parfois dans le cœur du deuil, lorsque nous continuons à aimer quelqu’un par delà sa mort, lorsqu’il nous semble même que nous réussissons à faire vivre encore cet amour, à lui être fidèle même au-delà de la mort. Nous le ressentons également lorsque l’amour d’un être disparu, un parent par exemple, continue à nous porter, à nous armer de force pour affronter la vie. C’est bien qu’il est plus fort que la mort, cet amour que tu as eu pour moi, puisque tu n’es plus là mais que ton amour est encore là et qu’il dit notre lien, ce lien que la mort, précisément, n’a pu tranché.

Cet amour plus fort que la mort ne serait donc pas seulement une promesse romantique, une consolation religieuse ou une idée platonicienne (puisque pour Platon le véritable amour est l’amour des idées éternelles brillant dans le ciel des idées) ; il ne serait pas seulement une promesse, Ah bon, de quelle nature est-il alors ?

Il est d’une certaine manière plus simple, papable, sensible, comme lorsque nous pensons à un être disparu et qu’il redevient étonnamment présent dans notre souvenir : nous avons même parfois l’impression qu’il se penche sur notre épaule, fantôme bienveillant, pour nous souffler un mot de réconfort ou nous rappeler que nous ne sommes pas seuls.

D’après les théories de l’attachement de psychiatres comme John Bowlby ou Boris Cyrulnik, le fait d’avoir été aimé dans sa petite enfance permettrait même de résister à des forces de mort ou de survivre à des situations de mort psychique. Pourquoi certains êtres, rescapés des pires drames, attentats ou viols, tremblements de terre, déportation ou scènes de guerre… réussissent-ils à goûter à nouveau le bonheur de vivre ?

Parce qu’avant le drame, avant l’effraction psychique, ils ont été aimés. Parce qu’ils ont été suffisamment sécurisés, au tout début de la vie, par ces premiers liens d’amour. Cet amour n’est évidemment pas la seule condition de la résilience mais il peut en tout cas être présenté comme une force de résistance aux puissances de mort…

Une force de résistance, mais suffit-elle toujours ? La mort n’est-elle pas parfois plus forte ?

Répondre que l’amour est toujours plus fort que la mort serait tomber dans le prêche religieux, tellement proche parfois d’une auto-persuation désespérée, ou d’une stratégie grossière de consolation. Qui n’a jamais été mordu par la gêne devant le discours d’un religieux appelant les endeuillés à se réjouir, en pleine douleur, au motif que le défunt serait désormais auprès de Dieu, tout auréolé de son amour ?

Mais ce que nous pouvons quand même dire, quand tant de forces de mort et de destruction menacent notre monde, c’est que la puissance de l’amour est bien une arme de résistance aux forces de mort. Chaque fois qu’en nous notre empathie, notre cœur, notre humanité, est menacée de mort, nous pouvons chercher à retrouver en nous la puissance de cet amour, et y trouver la possibilité d’une résistance.

Mais il y a autre chose… « Fort comme la mort est l’amour », entend-on dans le Cantique des cantiques. L’amour est fort comme la mort, pas plus fort que la mort. La nuance est de taille, et il est peut-être bon que l’on s’y attarde pour finir. Car au fond, la mort et l’amour se ressemblent.

La mort nous prend tout entier, l’amour aussi.

La mort nous dessaisit des petites limites de notre ego, perce la carapace de notre individualité, l’amour aussi.

La mort est un mystère, l’amour aussi.

Peut-être la mort et l’amour sont-ils les deux grands mystères d’une existence humaine. Et des mystères plus complices qu’on ne le croit. On peut combattre la mort par l’amour mais aussi mieux l’accepter, mieux vivre cette mort qui n’est pas toujours un scandale. Il faut distinguer ce que nous avons appelé les puissances de mort et de destruction, à l’œuvre dans la barbarie, de la mort qui fait tout simplement partie de la vie. Celle là, il nous apprendre à l’accepter, elle signe notre humanité et limite notre délire de toute puissance – peut-être même donne-t-elle à notre vie tout son goût. Celle là, il nous faut apprendre à l’aimer peut-être plus qu’à la combattre. A l’aimer avec force comme on aime cette vie, le tout de cette vie dont elle fait partie. Plutôt que d’affirmer que l’amour est plus fort que la mort, il faudrait peut-être mieux dire que l’amour nous donne la force d’aimer la vie et de l’aimer toute entière, de l’aimer jusqu’à aimer la mort qui en fait partie

une espérance ou une idée…

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