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Tuesday, December 02, 2025

Réussir à décider

 "Quand on passe sa vie à hésiter, comment est-ce qu'on fait pour enfin réussir à décider ?"

On vous imagine, chère Rosalie, en proie à cette irrésolution dont parle si bien Descartes, lorsqu’il écrit que « l’irrésolution est le pire des maux ».

"L’irrésolution", c’est-à-dire ?

Eh bien, c’est l’incapacité à trancher, ce manque de résolution et de volonté qui s’accompagne d’une montée de l’angoisse et voilà le cercle vicieux qui se referme : moins je réussis à trancher, plus j’angoisse, plus j’angoisse, moins je réussis à trancher. Alors comment faire ? Comment faire pour sortir du cercle vicieux de l’irrésolution ?

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Oui, bonne question, comment on fait, quand justement on ne réussit pas à trancher, pour trancher finalement et s’engager dans une décision ?

Eh bien, il faut déjà comprendre ce qu’est une décision, et en quoi une décision n’est pas exactement… un choix. Ici comme ailleurs, et c’est un des enjeux existentiels de la philosophie, une distinction conceptuelle peut nous aider à mieux vivre, et même nous libérer. Alors allons-y : une décision n’est pas un choix.

Un choix est rationnel, fondé, argumentable. Si vous hésitez entre deux options, A et B, et qu’à l’issue de la délibération rationnelle c’est clairement A qui l’emporte alors il n’y a rien à décider, il faut simplement choisir. Choisir A. Mais si, après cette délibération rationnelle, vous hésitez encore, alors c’est qu’il faut décider. Autrement dit, on choisit parce qu’on sait. On décide parce qu’on ne sait pas. Ou plutôt : parce qu’on ne sait pas assez pour que ce soit un choix. Décider, c’est trouver le courage de s’engager dans l’incertain. Eh bien souvent, quand on ne réussit pas à décider, c’est qu’on attend d’être certain pour décider. On voudrait même être certain que c’est la bonne décision. Mais par définition, on ne peut pas être sûr que cette décision est la bonne, car alors cela voudrait dire qu’il n’y a rien à décider (et que l’on se trouve simplement devant un choix rationnel).

Décider, c’est donc compenser l’absence de certitude rationnelle par la force de son engagement. Compenser la limite de sa raison par la puissance de sa volonté. On pourrait aussi dire : nous compensons par la puissance de sa liberté. Si les arguments rationnels nous imposent clairement de choisir A, alors nous n’avons pas de liberté. Les grandes décisions existentielles, elles, à l’inverse, sont bien des décisions, non des choix parfaitement rationnels.

Des exemples ?

Décider de s’installer avec quelqu’un, décider de plaquer son job, décider de quitter la ville, et même : décider de croire en Dieu… Chaque fois, bien sûr, on peut avoir des arguments. Mais c’est parce que ces arguments ne suffisent pas qu’il nous faut… la force de décider. Il demeure du doute, de l’incertitude, et c’est pourquoi il y a bien une décision à prendre.

Pour réussir à décider, il faut donc peut-être tout simplement comprendre que cette incertitude fait partie de la vie, et aimer ce saut dans l’inconnu que constitue toute décision. Cette incertitude qui nous effraie, il nous faut apprendre à l’aimer si nous voulons être capables de prendre des décisions.

Pour réussir à décider, il faut arrêter de penser qu’il y a une bonne décision et une mauvaise décision. Ce qui compte est moins la décision initiale que le fait qu’elle nous jette dans l’action, dans la vie, dans la rencontre des autres, et que cette action suffit souvent à dissiper l’angoisse. Il sera toujours temps, après, de rectifier le tir, de l’ajuster, de s’amender, de rebondir. Je peux décider de plaquer mon job, et en faire quelque chose de bien. Ou alors décider de rester, de ne pas changer de job, et en faire quelque chose de bien. Ce qui compte est moins ma décision initiale que mon attitude par rapport à cette décision, quelle que soit finalement cette décision. Ma capacité à en faire quelque chose.

Voilà qui pourrait déjà suffire à nous libérer, à nous donner envie de prendre des décisions comme on prend son élan. Choisir, c’est savoir avant d’agir. Décider, c’est agir avant de savoirPeut-être même agir pour savoir. Mais il faut le savoir pour trouver la force de se jeter dans l’action, dans ce saut au-delà du savoir, au-delà de la raison, au dela des arguments, que constitue toute véritable décision.

 

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