Le drame des réfugiés et les questions à nous poser
Par Mondher Benarous
On ne peut, bien sûr, qu’être
bouleversé, indigné, révolté par ces morts en Méditerranée, par ces centaines
d’hommes, de femmes et d’enfants qui périssent en mer parce qu’ils n’ont plus
d’autre choix que de fuir des guerres toujours plus atroces.. Il faut s’en
indigner mais, avant d’en accuser l’Union Européenne ou ses gouvernements,
chacun de nous devrait se poser trois questions.
La première est de savoir quel est le pourcentage
des citoyens européens qui seraient prêts à ouvrir à ces réfugiés les frontières
de l’Union et, spécifiquement, de leur propre pays. La réponse est dans la
question. Il faut savoir reconnaître cette réalité car, si les
gouvernements européens ne font que bien peu de choses pour organiser le
sauvetage de ces réfugiés, c’est qu’ils craignent, et non sans raison, que
leurs opinions publiques n’en arrivent alors à leur reprocher d’augmenter le
flot des réfugiés en rendant leur traversée de la Méditerranée autrement moins
dangereuse qu’elle ne l’est aujourd’hui.
Nos gouvernements sont coupables de détourner
leurs regards de ces drames et de ne s’en soucier, à la hâte, comme si c’était
nouveau, que lors d’hécatombes particulièrement atroces mais il y a une raison
à cela et cette raison c’est nous, les citoyens européens, qui ne voulons plus,
très majoritairement en tout cas, de nouveaux immigrés dans nos pays.
La deuxième question à nous poser serait de
savoir comment on pourrait limiter le nombre de ces réfugiés prêts à tout pour
fuir vers nos côtes. La réponse n’est pas les sauvetages, si indispensables
soient-ils. Elle n’est évidemment pas de renvoyer ces malheureux sous les
bombes qu’ils ont fuies car ce serait le comble de l’inhumanité.
Non, la réponse, la seule, la vraie, est qu’on ne
limitera ces flux qu’en s’attaquant à leur cause, qu’en réduisant l’anarchie en
Libye, pays d’où partent la plupart de ces bateaux, et qu’en s’attelant à
résoudre les conflits à l’origine des guerres proche-orientales. Tout le
reste n’est que mots et pansements, moyens de se donner bonne conscience avant
de repasser à autre chose et là se pose la troisième question.
Dès lors qu’aucun de nos pays, qu’aucun des 28
pays de l’Union, ne serait à lui seul capable de peser sur les guerres du
Proche-Orient ou d’aller contrôler, au moins, les ports libyens, combien
d’Européens seraient-ils aujourd’hui prêts à accepter que l’Union ou plusieurs
de ses membres approfondissent leur unité politique ? Où sont, autrement dit,
les majorités de citoyens européens prêts à se doter d’une armée et d’une
politique étrangère commune, à accepter de tirer les conséquences des défis
communs auxquels nous sommes collectivement confrontés en appelant clairement
de leurs vœux la construction d’une Europe politique disposant d’un exécutif
commun ?
Ces majorités n’existent aujourd’hui pas, bien au
contraire, Nous nous condamnons à l’impuissance et il n’y a personne d’autre à
en accuser que nous-mêmes.

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